Répliques, tremblements, remakes et déjà vus: le Succès des Resucées.

7 04 2009

On connaissait les Remake US car le public ricain de base ne supporte pas de lire un sous-titre ou d’entendre un doublage. Ce qui n’est pas si inintéressant quand on affaire à un verbatime façon “Funny Games”. On connait aussi les adaptations de séries au cinéma, ambiance Mission Impossible, Incorruptibles, Miami Vice ou Chapeaux Melons… pour le meilleur et pour le pire.

Hellraiser Bart Muppets

Mais là, l’heure est grave. La grande majorité des nouveaux projets mis en chantier sont des remakes !  Bon, alors en vrac:
“A la Poursuite du Diamant Vert”, “Footloose”, “Les Griffes de la Nuit”, “Dune”, “Karate Kid”, “L’Aube Rouge”, “Invasion Los Angeles”,”Robocop”, “Les Copains d’Abord”, “Highlander”, “S.O.S. Fantômes”, “Le Choc des Titans” et “L’Histoire Sans Fin”… c’est une liste non exhaustive des remakes en chantier (qui ont reçu la “Green Light”) rendant hommage aux glorieuses années néons et mini vague: 80′s !
C’est vraiment la crise. La crise des idées. Il est prouvé que tous les 15 ans il y a un énorme “reset” mémoriel des masses, car c’est à cet age là que les gamins commencent à aller au multiplex, sans papa ni maman, (re)découvrir les nouvelles versions des films de leur chères têtes grises.
Personnellement cette liste me donne tout bonnement la nausée. Même si le remake de l’Age de Crystal par Joseph Kosinski parait excitante sur le papier, je n’arrive pas à avoir envie de me taper les remakes ni de “Total Recall”, ni de “New York 1997″! A quoi bon rajouter des CGI et du Gore pour revendre la même soupe ? En plus, en voyant deux films de Paul Verhoeven dans la liste (“Robocop” et “Total Recall”) on s’aperçoit à quel point ce cinéaste est totalement incompris à Hollywood… En fouillant un peu même “The Crow” d’Alex Proyas va subir non pas une énième suite mais un remake écrit et réalisé par Stephen Norrington (L’adaptation catastrophique de “La Ligue des Gentlemen Extraordinaires”…c’est lui !!!)

Robocop Remake

Bon, faire du remake, c’est un job classique des studios qui existe depuis que le cinéma existe. Mais encouragée par “le succès des resucées”, genre “Fast & Furious” qui a déjà remboursé sa mise en un seul week end, c’est la curée chez les producteurs. Pourquoi attendre la génération suivante, le temps que les mémoires s’effacent ? Non, tapant dans les années 2000 et ils parlent sérieusement d’un remake de “Lara Croft” !!!…
A quoi bon se fatiguer à bâtir du nouveau quand on peut réchauffer un plat qui a fait ses preuves. Rappelez vous que le cinéma est une industrie “prototypaire” au grand désarroi du producteur qui souhaiterait faire des films à la chaine. Pour ceux qui connaissent le jeu “The Movies” de chez Activision, on comprend assez rapidement comment un producteur “pense”. L’Art, il s’en tape le coquillard. Ce qu’il veut c’est faire de l’argent facilement tout en se couvrant un tant soit peu de gloriole. Amen. On a rien contre, puisque ces producteurs auront le public qu’ils méritent. A l’image des histoires qu’ils tournent et des stars qu’ils créent.
Mais une fois encore cette façon de “penser le cinéma” existe depuis ses balbutiements et Dieu sait qu’ils sont rares les “Robert Evans” !

RObert EVans

Robert Evans légendaire mogul qui parvint à élever la Paramount au sommet du cinéma américain, en en faisant le studio le plus rentable d’Hollywood dans les années 70. Doué d’un flair hors pair pour dénicher les cinéastes talentueux et séduire le grand public. Il a travaillé notamment avec Roman Polanski (“Rosemary’s Baby”, 1967), Arthur Hiller (“Love Story”, 1970), Hal Ashby (“Harold et Maude”, 1971), Francis Ford Coppola (“Le Parrain”, 1972), Sidney Lumet (“Serpico”, 1973), Jack Clayton (“Gatsby le Magnifique”, 1974). Conscient de la rentabilité de la production cinématographique, Bob Evans voulut voler de ses propres ailes et devenir producteur indépendant. Il parvint à négocier avec le conseil de direction de la Gulf & Western de rester à la tête de la Paramount tout en ayant le droit de produire des films en son propre nom. Durant cette seconde période de sa carrière, il produisit entre autres Chinatown 1974), Marathon Man (1976), Popeye (1980), Cotton Club (1984), Le Saint (1997), etc.
Je ne vois pas trop de remake dans sa carrière…
Dans ce cas, moi je veux un remake de “Borat”, de “Toy Story”, du “Parrain”, de”Blue Velvet”, de “La Guerre des Etoiles”, de “Titanic”, de “Faster Pussycat ! Kill ! Kill !” et du “Tombeau des Lucioles” ! Qu’ils s’attaquent à des projets couillus au moins ! Je veux bien du remake mais au moins que ce soit de projets qui nous fassent rêver par leurs ambitions artistiques et techniques! Le cinéma est un art de pionnier pas de photocopieurs.

Si vous souhaitez connaitre la vie de Robert Evans, je vous conseille le documentaire “The Kid Stays In The Picture”. Un docu ayant recours à des images d’archives, des effets visuels, des extraits de films et des images originales filmées en 35 mm par le directeur de la photographie John Bailey, les réalisateurs tissant un portrait extrêmement riche, sensible et profondément humain du magicien de la Paramount. Grâce à la mise en scène de Brett Morgen et Nanette Burstein, ce documentaire est à la hauteur de la personnalité de Robert Evans : tout simplement captivant.

Highlander RemakeHighlander planque-t-il son épée dans ses portes jarretelles en cuir ?





They Live: Ray Nelson et les Lunettes Hoffmann

27 02 2009

They Live

En 1988 sortait en France un film de John Carpenter sous un titre ridicule et une affiche franchement très laide: “Invasion Los Angeles”.
Le film original, “They Live” moitié thriller de science fiction moitié satire sociale, racontait l’histoire de John Nada, travailleur du bâtiment, qui découvre des lunettes lui permettant de voir des “aliens” évoluer tout autour de nous prenant forme humaine et contrôlant l’humanité.
Tiré d’une nouvelle de Ray Faraday Nelson “Eight O’Clock in The Morning” parue sous le titre “Les Fascinateurs” en France, “They Live” est devenu petit à petit un film culte pour tous les paranoïaques, amateur de Blues, fan de catch et de cinémascope.
L’année dernière, cherchant à me procurer un scénario, j’étais entré en contact avec Ray Nelson, qui a signé le scénario du film de John Carpenter. (Depuis nous avons sympathisé et il m’a envoyé sa dernière copie du script original annoté par John Carpenter et lui même pendant le tournage… L’autre copie est entre les mains de son avocat.)
Ray Nelson est un personnage extraordinaire. Ami et confident de Philip K. Dick, il a travaillé à la création de “Blade Voyageur de l’Infini” (dont je signe actuellement les illustrations!). C’est aussi un cartooniste de grand talent qui a vécu et s’est marié à Paris (ou son fils Walter Nelson, grand spécialiste de la vie et de l’étiquette au 19ème siècle, est né).

Ray Faraday Nelson

Et Ray m’annonce en avril 2008 que “They Live” va faire l’objet d’un Remake. En decembre 2008, confirmation: c’est sur le Hollywood Reporter qu’on annonce que le film culte de John Carpenter de 1988 va passer par la case remake des studios Universal/Strike Entertainment, qui sont en négociation pour acquérir les droits du film auprès de Les Mougins, l’actuel propriétaire de ces droits. Marc Abraham et Eric Newman de Strike Entertainment produiront alors que Shep Gordon et John Carpenter serviront de producteurs exécutifs. Strike Entertainment avait déjà réussi avec succès le remake de “L’armée des morts” en 2004 et travaille aussi sur un remake d’un autre film de Carpenter, The Thing.

They Live Lunettes Hoffman

Qu’est ce qui fait le charme du film de 1988 ?
Déjà une mise en place lente et minutieuse. Un cinémascope et un cadre superbe. Une musique entêtante. Un anti héros, courageux mais pas exempt de défauts (John Nada n’est pas intelligent ni très fin mais reste attachant dans son humanité et sa coupe de cheveux “Mulet” remise à la mode en 2009). Les effets spéciaux sont légers mais utilisés avec perspicacité (Au travers des lunettes, on voient un monde en noir et blanc et quelques aliens aux brushings impeccables…). Mais surtout le script, la montée de la tension, les rebondissements et les sous entendus quasi révolutionnaires en font un film unique dans sa paranoia et ses symboles.

Obey

Par exemple aucun vaisseau spatial ne nous est montré. Les aliens stoppent le temps avec leur Rolex (Jacques Séguéla est un Alien!), s’ouvre alors un genre de sas lumineux dans le sol qui mène à un dédale infernal (dans le sens étymologique Inferno: “en dessous de nous”) de tunnels d’ou on peut voyager dans toute la ville mais aussi vers d’autres mondes par dématérialisation et transformation en boule de lumière.
“They Live” n’est pas un film politiquement correct du tout. L’ouvrier opprimé découvre la vérité, se révolte,  prend les armes et tire dans le tas !

They Live

Les lunettes mises au point par la résistance portent un nom dans le script (mais pas dans le film): les Lunettes Hoffmann. (“Hoffmann Glasses”)
J’en demandais à Ray Nelson la signification.
“Mais voyons il s’agit d’une référence au tout tout premier livre de SF! Les Contes d’Hoffmann !”
Mince pour moi, c’est avant tout du Offenbach (joué par Michel Serrault) façon folles nuits parisiennes… pas vraiment de la SF…
Et pourtant:

Olympia

Dans le conte: Hoffmann est amoureux d’Olympia, la « fille » du scientifique Spalanzani. Celle-ci s’avère en fait être un automate dont Coppélius, un charlatan, a fourni à Spalanzani les yeux et vient présenter sa créance. Il vend à Hoffmann des lunettes magiques qui lui font voir Olympia comme une vraie femme. Hoffmann se croit alors aimé d’elle mais Niklausse, perplexe, tente en vain d’avertir son ami. Alors qu’il valse avec Olympia, Hoffmann tombe et ses lunettes se brisent. C’est alors que Coppélius qui veut se venger du chèque sans provision que lui a remis Spalanzani, revient et détruit Olympia. Hoffmann se rend compte de la vraie nature de celle qu’il aimait, cependant que la foule ricane de la naïveté du poète.

Obey Stay Asleep

“They Live” est donc une histoire ancienne et pour citer Justin Sullivan de New Model Army dans la chanson “Vanity”:
…The mirror never lies, it’s just these foolish eyes
And we all see what we want to see
What we need to see, what we have to see…

Your God Not Mine

Je vous invite à découvrir le monde extraordinaire de Ray Nelson via son site: http://raynelson.com/

Nemo Sandman








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