Godfrey Reggio, la Trilogie Qatsi et la naissance de Docteur Manhattan

10 03 2009

Koyaanisqatsi

Tout le monde craque sur ce thème à l’orgue dès la bande d’annonce de Watchmen. Il s’agit de “Prophecies” de Philip Glass qui illustre à merveille la majesté et la tristesse de Docteur Manhattan mais savez vous d’ou provient cette musique et quel film, présenté par Francis Ford Coppola, elle a superbement illustré en 1983 ?

Godfrey et PhilipGodfrey Reggio & Philip Glass

Il s’agit de Koyaanisqatsi (“life out of balance.” en langage Hopi) qui fut le premier film d’un nouveau genre dit “non verbal”, il est le plus populaire de la Trilogie Qatsi et de mon point de vue le plus réussi. Imaginez des images superbement spectaculaires de l’hémisphère nord accompagnées par la musique grandiose et tellement particulière de Philip Glass. Le concept et la réalisation est signée de Godfrey Reggio (le Plus Grand Réalisateur du Monde du haut de ses 2,11m!), et les images de Ron Fricke. Ce film fut tellement copié et à tellement inspiré de réalisations, qu’on a du mal à s’en rendre compte… au niveau personnel, dans mon film “Riding The Rafale”, François Robineau avait placé sa caméra sur la dérive du Rafale comme Ron Fricke l’avait fait sur un bombardier supersonique B-1…

B1Le B1

Riding The RafaleLe Rafale

Un autre exemple “d’hommage en grande pompe” est le générique du magazine “Des Racines et des Ailes” sur France 3 avec le survol de ses champs de colza et ses plans de la ville en accéléré.
La grande force des films Qatsi est qu’il propose aux spectacteur des visions du monde qui s’enchainent et leur laissent en tirer eux même leurs conclusions.
Godfrey Reggio ne dicte rien. Il est est le “témoin magnifique” d’un monde qui bascule et perd l’équilibre… Reggio a été moine pendant 14 ans. Il a gardé ce regard contemplatif sur le monde temporel. La révélation lui vint dans les années 60 alors qu’il était éducateur au sein de gangs des rues, par le biais d’un film de Luis Buñuel: “Los Olvidados” — “Pitié Pour Eux” (prix de la mise en scène à Cannes en 1951). Il a bien du leur projeter 150 fois tellement le film était apprécié. En tant qu’éducateur il sait qu’un bon professeur ne peut qu’expose un contexte, soulever des questions avant d’entrer en dialogue avec sa classe. Donc les films de la trilogie Qatsi sont ambigües à dessin afin de laisser au spectateur la possibilité de se poser des questions et de chercher des réponses. Il y aura autant de points de vue que de spectateurs. Comme une bonne image vaut mille discours, les films sont muets. Sauf que là en l’occurrence Reggio nous offre des milliers d’images afin d’exprimer un seul mot en langage Hopu et qui se termine par qatsi.

Reggio regarde notre monde à la façon dont un extra terrestre viendrait à la découvrir. Un peu comme Docteur Manhattan justement. Un film presque prophétique donc… (sans doute cause du brouillage des tachyons…) mais surtout poétique, fonctionnant sur l’association des images, leurs symboles et leur trivialité… Personnellement, je reste scotché à chaque fois par la pertinence du message que j’y entrevoie. Maintenant, comme dans une boule de cristal, vous y verrez sans doute autre chose. Certains y voient une ode à la technologie et d’autre un documentaire environnementaliste.
En fait, le sujet des films de Reggio est la Technologie avec un grand T. La Technologie est certainement le sujet le plus incompris au monde. Comme disait Einstein “Le Poisson est le dernier à connaitre l’eau” ainsi le citoyen moderne est le dernier à “voir” la technologie tellement elle est intégrée autour de lui. La technologie, on ne l’utilise plus: on la vit.
Pour lui, la technologie moderne a été créée pour faire tampon avec les ravages de la nature. Sauf que maintenant la technologie nous isole complètement de la nature et est même devenue l’environnement naturel de l’homme moderne. Anima Mundi est devenu Techno Mundi. Les mystères disparaissent au profit des principes technologiques. Pour Reggio, il est naif de vouloir souhaiter la paix dans le monde sans vouloir avant toutes choses changer la forme dans laquelle on vit; sachant que notre situation actuelle est le résultat de nos comportements et non de nos intentions. On peut changer le monde en montrant le bon exemple quelle qu’en soit l’échelle. Mais dire à quelqu’un ce qu’il doit faire est contreproductif alors que tant qu’on est vivant, on peut être “héroïque”.
Etre héroïque, c’est être sans espoir en ce qui concerne l’ordre du monde, mais avoir de l’espoir pour autre chose. Le courage de se révolter contre la Pax Numericana sous laquelle nous vivons contraints et forcés depuis l’avènement des Temps Modernes.
Finalement, choisir la musique de Koyaanisqatsi pour illustrer les Watchmen et en particulier Docteur Manhattan n’était pas une idée seulement basée sur l’esthétisme mais aussi sur la Signification profonde derrière l’allégorie du film de Zack Snyder: le moment où les étoiles brillent le plus fort est celui de leur extinction.

koyaanisqatsi
koyaanisqatsi

koyaanisqatsi

koyaanisqatsi

koyaanisqatsi

Il existe trois films:
* Koyaanisqatsi (Ko-yaa-nis-qatsi (tiré de la langue Hopi), nom. 1. vie folle. 2. vie tumultueuse. 3. vie déséquilibrée. 4. vie se désagrégeant. 5. mode de vie non viable devant être remis en question) : l’avancée de la technologie sur la nature. Son image la plus célèbre est sans doute celui de la circulation à New York vue en perspective donnant l’impression de pulser comme le sans dans les artères.

* Powaqqatsi (powaq-qatsi (de « powaqa » : sorcier, et « qatsi » : vie). Nom donné par les Indiens Hopi d’Amérique du Nord à une manière d’être, une entité, qui se nourrit des forces vitales des autres êtres dans le but de favoriser sa propre existence.) : Les différentes cultures, le contraste Nord/Sud, Nature/Technologie. Ce film était présenté par Georges Lucas et Francis Ford Coppola.
Il commence avec des plans inoubliables d’une mine d’or au Brésil ou une marée humaine, noire de boue, porte des sacs sur son dos, comme autant de fourmis ouvrières.

* Naqoyqatsi (Na-qoy-qatsi (tiré de la langue Hopi), nom. 1. Une vie basée sur le meurtre du prochain 2. La guerre comme manière de vivre. 3. (Interprétation) La violence civilisée.)

hopi prophecies

>>>LIEN YOUTUBE POUR LA BANDE D’ANNONCE DE 1983<<<

Nemo Sandman

Site officiel de Godfrey Reggio: http://www.koyaanisqatsi.org/





Les Watchmen: en gore eux ?

9 03 2009

Badge Smiley

Suite à mon bulletin du 24 février je ne compte pas faire une critique du film, juste donner mes impressions en vrac et à chaud:
Tout d’abord, je suis assez épaté par le travail fait sur le personnage Rorschach. Comment un petit bonhomme, plutôt fluet peut devenir la terreur de la pègre ? Et bien le film nous propose une réponse: déjà, son attitude. Rorschach est sans doute le personnage le plus “cool” des Watchmen et toutes ses apparitions (surtout celle sans masque) font mouche. Jackie Earle Haley fait un travail splendide pour un rôle où il lui faut être à la fois crédible, charismatique et attachant. Sa démarche légèrement sautillante, son masque “sale” dont on voit les mailles… sa voix caractéristique ! Oui, Jackie Earle Haley est définitivement Rorschach ! Son visage taillé à coup de serpe son regard de glace, des faux airs de Clint Eastwood, une énergie incroyable: il est Walter Kovacs !

Rorschach

Un travail d’incarnation des personnages, tout comme Patrick Wilson (Dan Dreiberg) qui nous donne l’impression que la BD prend vie. Le Spectre Soyeux (Malin Eckerman très hot) et Docteur Manhattan sont tellement photogéniques que chacune de leur apparition est un pur plaisir photographique ! Enfin bref tout le casting est génial avec même de clins d’oeil d’acteurs ayant participé à des séries de 1985 genre Hill Street Blues !

Le Comedien

Le scénario propose une fin différente de la “Graphic Novel” qui fonctionne parfaitement au vu des enjeux et du temps d’exposition concéder par le film (2h30 quand même !). Alex Tse et David Hayter, les scénaristes, ont fait un véritable travail d’orfèvre allant jusqu’à changer l’emprunt qu’Alan Moore avait fait à Mad Max (La scène avec la scie et la cheville…) par une petite pirouette qui malheureusement aboutit à du gore…

Zombie

Qu’est ce que le Gore en 2009 ? Pour les Watchmen: un hachoir se plante dans une tête, un mur se recouvre d’hémoglobine, des moignons sanguinolents sont filmés en premier plan, des lambeaux de chair pendent au plafond… même dans le dernier film (comédie?) des frêres Cohen (“Burn After Reading”) ce sont des coups de hachettes dans la tête en pleine rue, en plein soleil… Alors pourquoi pas dans les Watchmen ? la BD n’est pas tendre mais sa violence est bien moindre comparée à celle par exemple de “Give Me Liberty” (Franck Miller/Dave Gibbons)…
Un exemple, dans la scène où Lorie et Dan se font attaquer par des voyoux en sortant du restaurant, pourquoi autant de sadisme de la part de nos héros alors que la BD n’en montrait pas (Dan retourne le couteau du premier agresseur pour lui planter dans le bras avec jets d’hémoglobine en sus, Laurie brise les cervicales d’un autre… en clair ils tuent leurs aggresseurs !). Avec la technologie digitale, il est facile d’enfoncer des objets dans la gorge, de casser des bras en premier plan… Tom Savini a fait un travail superbe dans “Zombie” pourquoi inviter son art dans “Watchmen” ? Est ce le propos du film ? Ou bien alors mes contemporains (et pour commencer les étatsuniens) sont ils complètement anesthésiés face à la violence ? Personnellement ces touches de violences graphiques viennent gâcher la fête et ne sont pas nécessaires à la narration. La surenchère de violence et l’absence de suggestion dans n’importe quel film (même les comédie) commence personnellement à me donner la nausée…
“L’Orange Mécanique” de Kubrick ou le “Massacre à la Tronçonneuse” de Hoper paraissent bien mièvres et doux face aux facilités qu’on a maintenant de vous montrer comment exploser un crâne en haute définition…

kovacs

En comparaison, un réalisateur comme Guillermo Del Toro, pourtant dans des sujets ou la violence est présente, arrive avec élégance à ne pas forcer le trait (“Hellboy” par exemple à son lot de tueurs sadiques mais leur violence est plus suggérée que montrée). c’est justement ce que je reprocherais à Zack Snyder: il travaille tous ses plans pour qu’ils s’enchainent avec élégance mais au milieu de tout ça les pics de violence ne le dérangent pas. Il s’agit sans doute d’un homme d’une autre culture pour mettre de l’emphase à des plans gore qui auraient autant d’impact (sinon plus) hors champs. (Je pense à la scie circulaire dans la libération de Rorschach par exemple). Imaginons une seconde comment Zack Snyder pourrait re-tourner “Alien”… en nous montrant les horreurs subit par Lambert (Veronica Cartwright) digne des Reapers de “Serenity” ? Cet approche me rappelle la façon dont Paul Verhoeven avait abordé la SF dans “Total Recall”: en tirant dans la foule par pure provocation. En contre exemple: le dernier Batman de Christopher Nolan, bien que noir et âpre ne fait jamais dans le Gore et reste dans l’élégance.
Sinon sans ces petites taches de confiture sur le tee shirt, (quelques micro secondes d’images résiduelles mais choquantes dans ce contexte) Watchmen reste un très beau film, bien dirigé, bien joué, sans temps morts, respectant bien la BD originale.
Ha, si! Il y a deux trois petites choses amusantes en bonus: Doc Manhattan rend un hommage involontaire à Wall-E ! (le soutif!), Le Comédien rend un micro hommage à John Rambo (en larmes) et Nixon joue les pinocchio à chaque profil ! Mais ce sont de tous petits détails qui font juste un peu ricaner la salle sans pour autant gâcher le plaisir du film et du jeu de tous les acteurs !

FBI

Finalement Watchmen, à part ces quelques frames gore, est plutôt une excellente surprise avec sa bande originale superbe et son point d’orgue avec “Prophecies” de Philip Glass qui vient illustrer la création de Docteur Manhattan. C’est un film dense dans son propos et dans sa forme, digne de ce que laissaient apercevoir les splendides bandes d’annonce. Cela donne envie de se replonger dans la BD et de retourner le voir pendant qu’il est sur grand écran !

Nemo Sandman





WATCHMEN: les surhommes démontrés

24 02 2009

minutemen

C’est sur le thème superbe de Koyaanisqatsi (film de Godfrey Reggio illustré par Philip Glass, morceau “Prophecies”) que débute l’ultime bande d’annonce des Watchmen. Après tout, pour illustrer un histoire se passant dans un 1985 alternatif, il était judicieux de prendre une musique composée en 1983.
Il est certain que ce thème à l’orgue lancinant qui n’est pas sans rappeler la mélopée de Candyman (toujours composée par Philip Glass), donne de la majesté aux images, de l’emphase aux ralentis, bref ça a de la gueule !

Docteur Manhattan

Comme tous les fans de la “nouvelle graphique” je suis assez inquiet même si les images laissent présager un beau traitement graphique.
Combien de bande d’annonces nous ont trahis par le passé ? Judge Dredd par exemple avec une musique sublime et un film catastrophique. La bande d’annonce de 300 aussi était superbe…

Silk SpectreMalin Ackerman est le Spectre Soyeux

Mais Alan Moore, auteur des Watchmen, a toujours souhaité bonne chance aux scénaristes. (Pour s’en faire une idée, on peut trouver encore sur le Net le script de Sam Hamm (*) datant de 1989 sur lequel Terry Gillian avait travaillé avec un début et une fin différente de la BD mais plus cinématographique à mon gout… Il semblerait que le début de Hamm ai été conservé…).
Le médium de Moore, c’est la bande dessinée qui lui offre véritablement une écriture à plusieurs niveaux: littéraire, graphique, temporel et surtout spatial.
Mais le cinéma est avant tout un art temporel à moins d’être chez soi et de pouvoir mettre en pause sur une frame, mais là on sort de l’oeuvre cinématographique pour la détourner d’un 1/24ème de seconde.
Comme un art temporel peut il ne pas trahir une “nouvelle graphique” ?

Nite Owl

Adapter une bande dessinée d’Alan Moore, ce serait comme mettre en musique une icône du moyen age. On doit en transformer sa nature. Aboutir à quelque chose de nouveau. Pour l’instant le dernier plantage a été “La Ligue des Gentlemen Extraordinaires”, en revanche “V pour Vendetta” a réussi son pari en synthétisant la nouvelle graphique d’une manière finalement assez élégante dans son rythme et sa cohérence.
Mais, les Watchmen méritent ils qu’on les trahisse en les passant à la moulinette d’une certaine conformité.
La “nouvelle graphique” d’Alan Moore et Dave Gibbons est difficile à lire. On peut s’y replonger et découvrir des palindromes autour de l’épisode de Rorschasch, des détails dans les planches qui se répondent et même découvrir un des héros dès la première page incognito…

Ozymandias

Je relis régulièrement les Watchmen et à chaque fois je redécouvre quelque chose qui m’avait échappé à la précédente lecture.
C’est pour cela que je considère cet oeuvre comme une des plus complexes et abouties de la bande dessinée, même si Alan Moore a tendance à copier ses petits camarades mine de rien. (Mad Max pour la scène de la scie à métaux et même Stephen King dans sa nouvelle La Corniche a a été copié dans V pour Vendetta).

RorschachRorschach l’excellente surprise de Jackie Earle Haley

Les producteurs de cinéma pensent toujours qu’une bande dessinée à la limite c’est presque un storyboard pour un film. Du “pré maché”.
Pour une certaine BD linéaire, pourquoi pas mais pour une oeuvre aussi complexe que celle de Moore qui justement utilise tous les ressorts de chacune des planches à sa disposition… je reste dubitatif. (Je reste dubitatif devant toute planche à ressorts de manière générale.)

Force est de constater que le casting du film réalisé par Zack Snyder est plutôt réussi dans ses choix au prime abord. Mon choix préféré étant Jeffrey Dean Morgan (le “Comédien” alors que la traduction de “Comedian” est “Comique”…) avec qui je partage la même date et année de naissance (Si! Si!). Et puis, Malin Eckerman en intelligence artificielle (C’est une blonde teinte en brune) est pas mal non plus…
Alors le cinéma est-il ce qui pouvait arriver de mieux aux Watchmen ? (Peut être si cela permet à de nouveaux lecteurs de découvrir une extraordinaire bande dessinée.)

The Comedian

En attendant on ronge notre frein devant des bandes d’annonces ou le moindre coup de tatane se tourne en 80 images/seconde en espérant que le film soit non seulement une bonne histoire bien jouée (parce que les effets spéciaux, c’est bon, on a compris, quand on a le budget qui va bien, ils assurent… ) mais surtout qu’on ne trahisse pas notre BD favorite !

*(Note en début de scenario de Sam Hamm :
SPOILER ALERT! SPOILER ALERT! SPOILER ALERT! SPOILER ALERT!
Reading this screenplay WILL spoil numerous plot points found in the
original WATCHMEN graphic novel. Therefore, we respectfully ask you,
dear reader, to run — don’t walk — to your nearest bookstore or
comics specialty shop, buy the graphic novel, and read it
cover-to-cover at least once before venturing further. We thank you,
Alan Moore and Dave Gibbons thank you, DC Comics thanks you, and the
fine folks at AOL/Time Warner thank you.
)

Nemo SANDMAN








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