Terminator Renaissance: Mais non ? Messie !

1 06 2009

Terminator RenaissanceHaut régime sans selle ?

Vision d’apocalypse: nous sommes en 2009. Les réserves mondiales de franchises sont venues à manquer. Mais des maraudeurs, des charognards qu’on appelle “Les Studios Hollywoodiens” parcourent les routes à la recherche d’une formule magique qui pourrait leur permettre de gagner encore quelques millions de dollars. Les anciens parlent encore d’une légende. Celui qu’on nommait “L’Inexpressif”. Celui qu’ils appellaient “Le Terminator”. Celui qui leur avait promis:”Je vais revenir!” Malheureusement, le Cyborg Autrichien s’était enlisé dans une autre mission: sauver la Californie de JC (Julien Clerc)…
Bon alors, si une nouvelle équipe de jeunes producteurs décidait de reprendre la franchise Terminator et faire perdurer ses fusils à pompe et ses pompeuses voix off ? Ouaih! Une nouvelle équipe dirigée par un réalisateur aux idées aussi courtes que son nom: McG !

Terminator Renaissance

Bon alors, il nous faudrait d’abord trouver un nom qui se la pète: “Terminator Reluctance“, “Terminator Résilience“, “Terminator Resistance“… un truc comme ça ! “Terminator Renaissance“* !! Mais bien sur. C’est à la fois religieux et clair sur les intentions de relancer la pompe à fric. Et puis ça fait plus chic que “Terminator Redondance“! En plus le héros c’est J.C. (John Connor), joué par Christian Bêle (Julien Clerc?)… Ensuite on va faire ça en 2018. Sachant que le fils de Sarah Connor est né en 1985… mince alors: pile poil 33 ans, comme l’age d’un autre célèbre J.C. !

Terminator Renaissance

En fouillant un peu, ils ne sont pas deux, ni quatre (comme stipulé sur IMDB) mais une bonne vingtaine de scénaristes à s’être penchés sur le berceau de la Nouvelle Franchise Terminator. Et cette jolie équipe a subi deux coups de théâtre lors de l’écriture.
Le premier fut la nouvelle direction imposée par les Studios quand le fameux Christian Bale (“Batman Begins”, “L’Empire du Soleil”, “The Machinist”, “Equilibrium”, “American Psycho”… non j’déconne tout le monde connait Cricri…) a accepté le rôle de l’iconique et monophtalme John Connor. Alors que les scénaristes principaux (Brancato et Ferris, deux anciens galériens de l’équipe à Roger Corman) avaient surtout bossé sur Marcus Wright le gentil Terminator amnésique mais aussi sur les premiers essais de “Time Bubbles” réalisé par Skynet et les balbutiements du “Metal Liquide Vivant” implémenté sur le T1000 (qui selon JC, Cameron, était tellement redouté par l’I.A. Skynet qu’il fut envoyé dans le passé de T2 une nanoseconde avec la défaite totale des machines)… Allez! Tabula Rasa comme on dit chez les castors mécaniques suédois d’IKEA. Je veux qu’on suive le parcours de John Connor. Christian Bale nous coute bien assez cher comme ça ! Et virez moi ces armes à énergie, tout le monde dans le futur repasse à la poudre à canon, comme dans “La Chute Du Faucon Noir” ! Faut que ça fasse réaliste genre Bagdad Café ! (Oui, m’sieur, mais elles étaient quand même superbes, ces images de combat de nuit au plasma dans T1 et T2…) De toutes façons on va faire des scènes en plein jour. On a les moyens techniques pour simuler la journée que diable! Plus besoin de fausse nuit pour camoufler les fils des maquettes et les projections derrière les acteurs !
Et puis, il y a eu la fameuse fuite de l’année dernière: John Connor meurt à la fin du film (à 33 ans!) et Marcus endosse sa peau. Ce qui signifie que Skynet va finalement être vaincu par un Terminator et non par un humain ! Ohlalala ! Comme c’est messianique: J.C. est crucifié sur l’endosquelette chromé de Marcus pour y… renaitre !!! Mais oups ! Y a eu une fuite ! Réécrivez moi la fin du film tout de suite !
Oh et puis après tout, la fin on s’en fout… vous me rajouterez une lueur dans les yeux de la gamine qui n’a pas dit un mot de tout le film comme dans Mad Max 2, histoire de faire comprendre qu’il y aussi d’autres “gentils” Terminators qui aurait infiltré la résistance et basta ! On pompe “Battlestar Galactica” ou même “Planète Hurlante” (“Screamers” inspiré de Philip K. Dick…) mais qui s’en souvient, hein ?

Terminator Renaissance

Tiens pendant que vous y êtes, vous me mettez un Terminator géant, un moissonneur genre “La Guerre des Mondes” animé comme dans “Transformers”, on sait comment faire ce genre d’images de synthèse ! Trop fastoche cette prod’ !  Et puis, vous lui rajoutez des “Moto Terminators” ! On va en faire des jouets, histoire de rentabiliser les heures de rendering CGI via notre Merchandising…
Comment ça le script ? Mais on s’en fout du script ! Personne n’y comprend plus rien de toutes façons. Et voilà que j’rencontre mon père plus jeune que moi (car je ne l’ai pas encore envoyé dans le passé pour faire craccrac avec Sarah)et cet ado sort à tout va “Suis moi si tu veux vivre”! ‘Tain the Hommage à T2 ! Vous avez pensé à me rajouter des Latinos qui hurlent “Hasta la Vista” en brandissant des AKM ? Non ? Ca sera pour la suite alors. D’toutes façons, les gens viendront voir ce film pour les scènes d’action en CGI (facilement reproductibles) pas pour le jeu des acteurs (même si on a pas engagé des manchots!). Justement, c’est dans ce film que Christian Bale, les narines blanchies, a insulté pendant dix minutes le directeur de la photographie ! Attendez deux secondes, m’sieur Bale, toute cette rage ! On serait sur le plateau du “Dernier Tango à Paris”, j’veux bien que vous partiez en live, mais ce plateau là, c’est celui du dernier terminator, une grosse BD façon opportuniste! Une machine à fric! C’est pas du Christopher Nolan! Alors Calmos Bat(e)man… y a pas de quoi se mettre dans des états psychotiques pareils. En plus, rappelez vous, on avait dit : pas d’émotions! Les émotions, nous, on les garde pour les machines !!!

Terminator Renaissance

You f*ck my wife ?

(*) “Terminator Salvation” en v.o.
Salvation = Le Salut…. rien à voir avec la Renaissance mais pour une fois un distributeur francophone met le doigt là ou il faut: la tentative de renaissance d’une franchise.





Terminator Salvation: spoilers et conséquences

24 03 2009

Terminator SalvationPour un rien ça trébuche ces machines là…

Internet, quel incroyable moyen de torpiller des films avant même qu’ils soient sortis. Entre les téléphone appareil photos numériques WIFI 3G+ capables bientôt de filmer en HD, les sites accessibles en mobile et les blogs mise à jour 24h sur 24, tourner un film dans la confidentialité revient à prendre son ticket pour Paranoid Park. Ainsi, l’année dernière au mois de juin, une rumeur a commencé à circuler concernant le 4ème film de la franchise Terminator forçant les producteurs à retravailler leur scénario.
Comme quoi le personnage principal de Terminator Salvation serait un Cyborg du nom de Marcus (Joué par Sam Worthington, héros de Avatar).

Terminator Salvation Sam WorthingtonMarcus et Kyle Reese

Marcus était un criminel qui a été exécuté en 2003 et a donné son corps au projet Angel dirigé par SkyNet. Ils ont donc récupéré son corps et en ont fait un terminator: son squelette est une machine mais ses muscles, son coeur et sa peau sont celui du Marcus original. Et donc à la fin du film John Connor (Christian Bale) meurt au combat et les chefs de la résistance décident de cacher son décès. Ils réussissent à greffer sa peau à la place de celle de Marcus. Ainsi, John Connor (Marcus) est un terminator à la tête de la resistance!

Terminator Salvation

Donc reprenons:
écriture du scénario -> tournage -> fuites -> rumeurs -> spoilers -> panique au studio -> réunion de crise -> réécriture du scénario -> tournage…
La panique total mais surtout au près des fans une grand réaction de rejets par rapport aux apports de ce 4ème tome.

Serait-ce arrivé si les producteurs arrêtaient de vouloir toujours tirer sur la corde des franchises ?
Un producteur aime le système Ford du travail à la chaine. Cela évite les surprises et on peut se faire une idée précise de l’avenir. Mais le producteur de 2008 oublie que le premier Terminator de 1984 était un petit film risqué et couillu qui a eu du succès parce que l’histoire était bien foutue, bien racontée, bien jouée. Terminator était un prototype ambitieux avec des petits moyens. Ou est cette ambition maintenant quand il s’agit de créer une Saga rentable ?

Kyle ReeseKyle Reese (Anton Yelchin qui jouera aussi le rôle de Chekov dans Star Trek)

Cette manière de faire existe depuis les Tarzans. Mais qui en est le vrai bénéficiaire ? Le producteur ou le spectateur ?
Rien que dans la suite: “T2 Judgement Day”, regardez les compromis que James Cameron (scénariste et réalisateur) a fait:
l’image stérotypée du Terminator c’est un grand type en cuir avec cheveux courts et lunettes de soleil.

Terminator 1984

Mais dans le premier film, le terminator se retrouve avec ce look par pure nécessité ! Il débarque du futur avec une belle raie sur le coté (ouf!) et après une traversée du feu, il perd des poils pour se retrouver avec une vilaine coupe en brosse. Ensuite les lunettes: il se prend un gros bobo à l’œil et décide de porter des lunettes noires pour cacher son œil cybernétique rouge lumineux! Ce cyborg est une unité d’infiltration pas un publicité pour le chapter Harley Davidson de San Berdino !!!

Terminator

En attendant, Terminator 4 offre des réponses quand même à un vieux rêve de fan: découvrir le futur de John Connor, comprendre son combat, ses crises de nerfs sur le plateau… Ah non ça c’est Christian Bale. Après tout c’était pas une si mauvaise idée qu’il se fasse dézinguer à la fin !
(A l’image de la Série…)





The Prestige: l’effroi du show

18 03 2009

Le PrestigeUn poisson grand comme ça !

Personne n’a été voir “Le Prestige”. Chaque fois que je demande, je me heurte à un: Le prest’quoi?
“Le Prestige” il s’agit du film que Christopher Nolan a écrit avec son frère Jonathan et réalisé entre ses deux “Batman”.
On y retrouve Christian Bale et Michael Caine comme dans “Batman”, avec en plus Hugh Jackman, Scarlett Johansson et David Bowie dans le rôle de Nikola Tesla… J’aime énormément ce film qui nous entraine avec panache dans un univers complexe flirtant avec la littérature Steampunk et les Romans d’agatha Christie. On y retrouve l’ambiance des Expositions Universelles où quand Houdini rencontre Jules Vernes !

Le PrestigeLes oiseaux se cachent pour mourir. Dans les manches de préférence.

Le Prestige est d’abord un livre superbe de Christopher Priest qui propose de surcroit une fin différente du film, preuve que les scénaristes, comme pour “Ne Le Dis à Personne” ou encore les “Watchmen” savent adapter un roman afin d’en faire une œuvre cinématographique cohérente.
Le livre est d’autant plus difficile à adapter qu’il se compose d’extraits des journaux intimes des deux magiciens ! Et ils n’écrivent pas toujours la vérité en fonction de la destination du journal… Donc on a des surprises jusqu’à la toute dernière page.

Le PrestigeLe traumatisme de la noyade en public

La signification du “Prestige” provient de l’une des trois étapes (inventées dans le livre) que comporte un tour de magie, comme cela est expliqué dans le film. La première étape se nomme la «promesse», où le magicien montre au public quelque chose qui semble ordinaire, mais ne l’est pas. La seconde étape consiste en l’exécution, le «tour», ou le magicien rend l’acte ordinaire extraordinaire. Le «prestige», titre du film et étape finale de l’illusion, est la partie du tour de magie où l’imprévu se produit: la cerise sur le gateau !

Le PrestigeLe télétransporteur sur scène

Londres au 19ème siècle… Christian Bale et Hugh Jackman incarnent deux magiciens rivaux qui se battent pour garder le secret de leurs propres tours, et pour s’approprier aussi ceux de l’autre. Leur rivalité est à ce point intense que les deux hommes deviendront des meurtriers… Alors jusqu’ou seriez vous prêts à aller pour réussir le plus tour de magie de tous les temps ? Que faut il comme courage pour se “sacrifier” tous les soirs ?

Le Prestige et TeslaLe champs d’idées ou la conduction de l’électricité par le sol

Le Prestige est non seulement magistral dans sa réalisation mais c’est aussi un véritable film d’horreur. Non pas dans le sens gore du terme mais plutôt comme pouvait l’être le Frankestein de Kenneth Branagh, c’est à dire dans les horribles conséquences de la création de monstres, en l’occurrence, dans le Prestige, du tour de magie ultime: “L’Homme Transporté”.
Deux magiciens se vouent une haine féroce. Chacun à ses secrets et ses méthodes. L’un est pauvre et débrouillard (Bale) et l’autre riche et bien entouré (Jackman). Et tous les deux cherchent à percer le plus grand secret de l’autre afin de réussir une téléportation sur scène. C’est un long et cruel chemin de croix que celui d’inventeur de tour de magie. Le personnage de Michael Caine, l’ingénieur et le créateur des tours n’hésite pas à le rappeler: pour réussir “le Prestige” il ne faut pas hésiter à se salir les mains.
On oublie vite que c’est un métier difficile, qu’un Houdini était capable de démettre les épaules pour se sortir d’une camisole de force et que David Copperfield ingurgitait tous les soirs une marmite de flageolets pour pouvoir se propulser dans les airs ! Bref, on oublie vite que dans le monde du spectacle sans sacrifice, rien n’est obtenu.
Laissez vous charmer par Le Prestige, laissez vous berner. Et pour le coup ce film donne envie d’étudier de plus prêt les travaux du grand Nikola Tesla, inventeur extraordinaire dépositaire de plus de 700 brevets traitant de nouvelles méthodes pour aborder la conversion de l’énergie, récipiendaire de quatorze doctorats des universités du monde entier et maîtrisant 12 langues. Un autre magicien entouré de tellement de mystères…On lui a coupé les fonds lorsque on s’est aperçu qu’il voulait faire du courant à l’échelle mondiale gratuitement et sans fils !
Au final, le prestige est un film qui déclenche pas mal de discussions geeks, technologeeks et même philosophiques, rien que sur sa résolution et ses implications: faut il être fou pour se bruler aux feux de la rampe. La rançon du succès: une douleur intolérable.

Le Prestige





3:10 pour Yuma: le bon, le truand et la brute

6 03 2009

3:10 pour Yuma

« Plus le méchant est réussi, meilleur est le film. » – Alfred Hitchcock

Et si avec “3:10 to Yuma”, le réalisateur James Mangold avait remis le bon vieux western des familles en selle ?
C’était en constatant le déclin du western à Hollywood que James Mangold (“Walk the Line”) avait eu l’idée de dépoussiérer une vieille histoire de cow-boys qui avait marqué son enfance. Adapté d’une nouvelle d’Elmore Leonard (auteur chouchou, comme on le sait, entre autres, de Tarantino), “3:10 to Yuma” avait déjà été porté au grand écran par Delmer Daves il y a exactement un demi-siècle avec Glenn Ford dans le rôle principal. Mangold, artisan consciencieux, a su rester relativement fidèle à l’original, tout en actualisant poliment les lieux et les enjeux. Il en résulte un film à l’ancienne, réalisé dans le respect des traditions du western mais utilisant avec discrétion les moyens d’aujourd’hui.

Le bon
Le bon

L’histoire: un fermier accablé par des contraintes pécuniaires, Dan Evans (Christian Bale, le Bon), vit difficilement avec sa femme et ses deux fils dans une ferme qui se trouve sur la future voie du Southern Pacific Railroad. Menacé d’expropriation, le rancher espère tout de même mettre la main sur l’argent qui lui permettra de conserver son bien. Pour la coquette somme de 200 $, Evans accepte d’escorter le redouté bandit Ben Wade (Russell Crowe, le Truand) jusqu’à la gare de Contention, où chaque jour, à 03 h 10 P.M., s’arrête le train menant à la prison de Yuma. La mission s’annonce périlleuse. Malgré l’aide de quelques hommes courageux, Evans devra affronter les acolytes de Wade, mené par son fidèle et cruel bras droit Charlie Prince (Ben Foster, la Brute), prêts à tout pour délivrer leur chef.

Russel Crowe
Le Truand

Revêtant le chapeau et les bottes avec pas mal de classe dans la désinvolture, Russell Crowe compose un truand fascinant. Bandit esthète non dépourvu de principes et de manières, Ben Wade est de ces héros maudits sur lesquels les mythes de l’Ouest sauvage se sont construits. De l’autre côté de la loi, Christian Bale, alias Dan Evans, son opposant, correspond à une autre figure typique du Far West: celle du pionnier déterminé, incarnant l’honneur, la droiture et les justes valeurs. Mais le caractère de chacun des deux hommes recèle sa part de mystère. Par conséquent, le face-à-face entre Wade et Evans ne se réduira pas à l’habituel affrontement manichéen. Loin de là. Les enjeux frisent l’absolu pour les deux protagonistes et le final sera grandiose.
Mais la révélation du film, le petit grain de poivre qui vient épicer la sauce (et le personnage sur l’affiche originale), est le bras droit de Wade, un certain Charlie Prince, joué avec génie par Ben Foster (Angel dans “X-Men: The Last Stand”).
Charlie Prince est d’une extrême sauvagerie (il peut faire brûler vif un homme dans une diligence en deux temps trois mouvements), bref c’est un psychopathe mais, d’un autre côté, c’est aussi un dandy presque efféminé protégé dans son manteau de cuir blanc taché de poussière.
Dès sa première apparition à l’image (le khol sous ses yeux y est pour beaucoup), on se demande si Charlie Prince n’est pas complètement amoureux de son boss. En attendant sa loyauté est totale et absolue, digne d’un samourai envers son daymio.

Charlie Prince
La brute

En 1957, Delmer Daves déclarait: « J’ai essayé de photographier cette histoire comme on l’aurait fait dans les années 1870-1875 : d’où une absence complète de maquillage et une recherche des ombres noires (…). Il fallait que l’on sente vraiment la terre sèche et brûlée, qu’on la sente en couleurs, c’est-à-dire en noir et blanc… C’était aussi une analyse de l’état d’esprit des hommes à cette époque (…) au Far West. »
Dans le film de James Mangold, les despérados sont couverts de crasse et de poussière, de vrais chiens du désert au regard dur, bandits de grand chemin et génération perdue. Les “civilisés”, eux, portent des montres à gousset, bombe le torse sous des chapeau melon et propose leur service aux plus offrants en espérant ne pas se prendre une balle… Au milieu de ça, le fermier Evans, vétéran et éclopé, tente de survivre en étant au mauvais endroit et au mauvais moment. Il tente surtout de regagner l’estime de son fils ainé qui voit son papa comme un loser de première. Il est avec le personnage de Peter Fonda (solide et héroique) le prototype du paladin au code stricte. Il ira jusqu’au bout de son courage et de sa loyauté et forcera même l’admiration du diable en personne qu’est Ben Wade. Oui Ben Wade est véritablement un démon, même son colt est maudit et n’obéit qu’à son propriétaire. Un démon charismatique, tentateur, manipulateur et très très cool.

Western

Soulignons au passage le soin apporté à la recréation des décors, très pointilleuse et professionnelle, qui donne à 3:10 to Yuma son look vieille école. Les décors sont immenses et permettent de belles profondeurs de champs, ajoutant encore à l’expérience immersive et ultra naturaliste.

L’autre star du film, forte et efficace est  la bande originale de Marco Beltrami. Et ce n’est pas un pastiche des trames sonores écrites par Morricone pour Sergio Leone, même si Marco a été pendant trois années l’assistant du Maestro. 3:10 et un film quasi musical. Sa musique innove avec l’utilisation de tambours et percussions apaches et d’instruments inventés pour l’occasion: un piano “mandoline” pour les arpèges et des cordes à piano frottées pour le thème de Ben Wade. Très inspiré Beltrami propose des mélodies superbes sur des rythmes syncopés à 5 temps, des triolets, avec une puissante reprise du thème  en creshendo pendant le climax (“Bible Study” dans l’album). La musique renvoie à une autre vision du genre sans détonner pour autant. Elle participe indiscutablement de la réussite d’ensemble en donnant une forte identité au film. Marco Beltrami nous avait déjà proposé des thèmes originaux dans Hellboy ou Mesrine mais il arrive ici à se surpasser en proposant une cohérence dans ses ambiances qui permet de se replonger dans le film rien qu’en écoutant l’album.  Généreux en informations, Marco a mis en ligne, sur son site, ses partitions et pleins de videos montrant entre autres l’enregistrement de la bande originale de 3:10… (http://www.marcobeltrami.com) A noter aussi qu’il a superbement collaboré au film de Tommy Lee Jones ( Three Burials of Melquiades Estrada) ainsi que pour le dernier Bertrand Tavernier (“In The Electric Myst”), tous deux mélomanes très exigeants !

MArco Beltrami

James Mangold nous propose un cinéma de grands espaces (on va de Bisbee à Yuma via Contention) et d’acteurs cinémascopiques à souhait. Le réalisateur semble à l’aise pour jouer sur les gros plans des visages de ses cow-boys cabossés par la vie, à cheval entre un fusil et une Bible. On le sait, son truc à Mangold, c’est le poids du passé, la trahison, le péché, les héros déchus, crépusculaires, c’était le cas de Stallone dans “Copland”ou encore de Joaquim Phoenix, perdu dans les vapeurs d’alcool et de drogue de “Walk the Line”. Et puis c’est le témoignage d’une époque. une époque dure où la civilisation vacille au frontières de la sauvagerie.

CHarlie Prince2

Le film nous offre un face-à-face brillant, oscillant entre détresse, férocité, violence et confrontation psychologique passionnante. Si l’humour n’est pas tout à fait absent de ce genre de cavale, c’est surtout ces longs moments de tension ou ces chevauchées élégantes qui captivent. Mis en scène avec panache et poussière, “3:10 pour Yuma” brille par ses moments et ses acteurs, notamment lors des accalmies laissant place à la parole, et surtout par son très joli final où tout prend son sens en un minimum de dialogues et de belles actions…
“3:10 pour Yuma” est une belle réussite, un film très attachant, bien joué, bien dirigé, sans clichés et sans surenchère d’effets gratuits.  C’est un excellent western qu’on prend plaisir à revoir grâce aux chemins de traverse qu’il nous propose d’emprunter. Du beau et du bon cinéma qui fait du bien là ou il passe.

Nemo Sandman








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