Kaamelott Livre VI – Les moyens des ambitions d’Alexandre Astier.

5 11 2009

On en est à quel livre là maintenant ? le VI c’est ça ? Mais qu’est ce qui arrive à Alexandre Astier qui reconnait qu’à l’origine il souhaitait que Kaamelott soit au format grand écran mais que les contraintes du petit écran et des budgets lui ont fait revoir sa copie.
Ce fut donc l’époque des Livres I et II. Des chroniques pêchues aux répliques devenues cultes. Naturellement niveau éclairage et photographie ce n’était pas Barry Lyndon mais ce format limite Comic Strip convenait bien à ce que je qualifierais d’ « Esprit Goscinny » des Livres I et II. Franchement, Alexandre Astier était pour moi l’héritier du papa d’Asterix. Même mieux, j’avais l’impression de retrouver cette ambiance qui me plaisait tellement dans les aventures de nos irréductibles gaulois. Et puis la trouvaille de Kaamelott était d’adapter la vie quotidienne en entreprise dans un contexte d’épopée fantastique. On sentait pointer dans les sorts utilisés et les situations coquasses de cette revisite de légende arthurienne, des bons souvenirs de parties de Donjeons et Dragons qu’Alexandre Astier avait du « vivre » avec ses copains et sa famille. Bref Kaamelott était un véritable coup de génie. Un rendez vous qui lorsqu’on le manquait, s’échangeait en DIVX sous le manteau.
Pourtant est ce que c’est vraiment ce que voulait faire Alexandre Astier. Lorsqu’il joue cet ours raleur d’Artus, n’est il pas finalement en train de nous faire entrevoir une personnalité plus mélancolique et plus sombre.
Dès le Livre III, il y a eu une décision artistique assez Barry Lyndonnienne… celle de se passer d’éclairage. Et voici notre forteresse devenue noire… Astier fait du Michael Mann sur petit écran ! Mais sert-il toujours son propos ? On sent bien depuis le début qu’au plus profond de l’homme-ours un perfectionniste polyvalent nous y berne. La bête se réveille et VLAN il nous coupe le jus, et la chique. Michael Mann a éclairé certaines scène de son film « Miami Vice » avec la foudre dans les nuages au dessus de Miami… ici Astier nous en mets plein la vue avec des acteurs subissant un bon vieux sort de Darkness 15′ !!! Sans infravision, nos héros favoris, dès qu’ils quittent la proximité de l’unique bougie qui éclaire la scène…se transforment en ombre. Et ca va pas s’améliorer. On entre dans une période de néo-réalisme aigüe et de traitement photographique utilisant à fond les possibilités de la HD. Alors pour un film gore de Mel Gibson pourquoi pas mais pour nos chevaliers préférés… ça casse l’ambiance. Bref, je ne vois pas trop Hugo Pratt illustrer Asterix.

Au Livre V, après nous avoir privé de lumière, on nous prive d’humour. Enfin la dose est servie au compte goutte. On se retrouve limite suicidaires. Enfin c’est Arthur qui le devient entre deux introspections complexes de paternités supposées. Kaamelott est alors filmé en « Prisedeteteorama » et même une certaine fatigue se lit dans les yeux de l’homme orchestre que ne renierait pas Bergman. Encore un livre de plus et on risque de retrouver Lars Van Triers derrière la caméra. Mais Lars je l’aime bien avec ou sans ciseaux ! Mais pas pour Kaamelott malheureux ! A la fin du livre VI le mot de la fin pourrait être : « Akoibon » !
Alors quand le Livre VI se profile… On le guette comme un amoureux de Vérone sous le balcon de la Cine Citta… Et là une fois de plus, patatra. Non pas que le talent ne soit pas au rendez vous. Le casting est de nouveau parfait mais quand il s’agit de rire ou de s’amuser… on tombe dans ce travers bien franchouillard ou soit disant pour faire une comédie il faut qu’on s’engueule. Je ne vois pas en quoi c’est drole. Des personnages peuvent être sombres, râleurs sans pour autant tomber dans le conflit perpétuel. Un exemple tout bête: le héros d’Un Jour Sans Fin a tout du chevalier arthurien qui va vivre sa rédemption mais qu’est ce qu’on s’en amuse !!! Et puis il y a ces moments de fondus enchainés ralentis jazzy (oui parce que la musique est limite jazzy dans le Livre VI !!!) où le flou devient artistiquement complexe à déchiffrer. J’ai pas tout compris la scène de l’orgie romaine d’ailleurs… si quelqu’un peut me l’expliquer en me faisant rire ?
Ah si!  Il y a une bonne surprise quand même: Tcheky Karyo (blafard, yeux fiévreux) est très très drôle! Et ça connaissant bien le bonhomme (Salut Tcheky!) je dis chapeau à Alexandre Astier d’avoir fait éclore cette fleur d’humour noir qui sommeillait dans le jeu de notre Tcheky national !

Alors voilà, Alexandre Astier bénéficie de moyens conséquents, d’une liberté artistique énôrme et il choisit clairement de ne plus nous muscler les zygomatiques. Et si le Kaamelott du début avait été drôle par contrainte ? Par accident ? Et que la véritable ambition d’Alexandre Astier n’était de ne pas de nous faire rire; à moins qu’il se retrouve dans l’incapacité de reproduire les qualités humoristiques des premiers livres ? C’est fort possible. L’inspiration frappe quand elle veut. C’est comme une potion de Merlin: incontrôlable.

Mr Astier faites nous rire s’il vous plait ! Comme avant quand avec deux bouts de CGC vous nous sortiez des sabres lasers de la hutte à Obi Wan Kenobi ! Refaites nous jouer à Cul d’Chouette… Comme tant de fans, je suis glouton de votre humour et ma faim justifie bien vos moyens, non ?


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5 réponses

5 11 2009
Mathilde

Bien d’accord avec toi Nemo.

J’ai regardé quelques épisodes du livre VI et ça ne m’a pas franchement donné envie de continuer. Ça ne m’a même pas déclenché un sourire alors que j’éclatais de rire devant les livres I et II.

Par contre mon attention s’est réveillée quand tout à coup… Hiiiiiiiiiii !!!!! Tchekyyyyyyyy !!!!!! Une sacré bonne surprise ! Je vais peut-être en regarder d’autres finalement. ^^

Dernièrement j’ai vu Alexandre Astier dans l’émission de Philippe Vandel (PIF PAF sur Paris Première). Il joue tellement bien les ours mal léchés que je l’imaginais grognon et taciturne. Et bien j’ai été surprise de découvrir un personnage souriant, enthousiaste et plein de bonne humeur.

Si cette bonne humeur pouvait revenir dans Kaamelot ce ne serait que du bonheur !

5 11 2009
Death_AnGeLuS

Hello!
Un article intelligent et censé qui me fait sentir un parti pris un peu évident. Je retrouve dans ces lettres un côté du piblic de Kaamelott:) .En fait, depuis le livre V, les fans se sont scindés en 2 groupes: ceux qui aiment la tournure prise de la série, et ceux qui préfèraient avant.
Je suis dans le clan des « pas chiant » en profitant de Kaamelott comme on me le donne, sans vraiment me poser de question. Et j’aime ce que je vois. Je préfère voir Kaamelott comme Alexandre Astier le vois et pas comme la majorité du public voudrais le voir. Et je trouve que espérer le voir comme on le voudrais, nous fait passer à coté d’un beau bijou. Carpe diem nom de nom! ^^

6 11 2009
K-rose

Tout d’abord, je trouve ton post très bien écrit.
Mais c’est le contraire de ton sentiment qui s’est produit chez moi. Je m’explique :
Evidemment, au début, j’étais assez friande de ces petits modules télévisés. J’étais surprise d’avoir ce visuel historique avec un langage si familier. Et il faut avouer que, même si Alexandre Astier est pourvu d’une verve jouissive, tout ceci est servi par des acteurs habiles.
Puis, petit à petit, j’ai décroché. Pas vraiment lassée, mais peut-être que sur moi le procédé « comique » s’était épuisé. Je me suis arrêtée à la fin du Livre III.

Et c’est avec l’arrivée du Livre VI, que mon intérêt a repris. D’un coup, voyant comment tout cela avait commencé, j’ai eu envie de remettre le pied à l’étrier et de voir cette histoire comme l’auteur nous l’avait délivrée.
Donc, alors que ce 6ème volet était diffusé sur M6 (vive M6 Replay), j’ai rattrapé le temps perdu. J’ai vu le Livre IV (merci à ma cops Fred). Et mélangeant ces 2 périodes, les personnages ont pris, pour moi, une dimension toute autre. D’un coup, on entre dans le vif du sujet. Qui sont vraiment ces personnages ? Quels sont leurs véritables rapports les uns avec les autres ? Qu’est-ce qui les motive ?
Le Livre V (que je me suis achetée il y a à peine 10 jours) est pour moi le plus beau. Le plus introspectif. Celui qui pose les existentielles. Qui sommes-nous ?…
Bref, je suis en fait assez heureuse de la tournure de cette aventure. Je suis contente que tout ceci ne reste pas que de la farce. Et j’aime profondément le côté obscur d’Alexandre Astier ;-)

PS : je viens de me relire et du coup, je vais me poster chez wam…

6 11 2009
nemosandman

Je ne suis pas « nostalgique » des premiers livres.
Mais je constate juste leur efficacité, leur grâce, leur finesse et je prends toujours beaucoup de plaisir à les revoir. Je les trouve mieux écrits et plus rythmés. Et ce rythme selon Alexandre Astier était d’abord du à une obligation de format: le format court façon « Caméra Café ». Donc une contrainte.
Ma question est donc: un artiste donne-t-il le meilleur de lui même quand il est contraint ?
Je considère l’humour comme le nec plus ultra de la communication humaine et pour moi cela ne se réduit pas à une simple « farce ».
Chaplin nous a montré la voie. On peut répondre à des questions existentielles avec de l’humour.
Je ne déplore donc pas les profondeurs humaines que cherche à explorer Alexandre Astier. Je déplore juste que… je ne ressente plus cette jubilation qui me réalignait les chakras à la simple vue des trognes de tous nos héros préférés!
L’humour, de mon point de vue, est l’art le plus difficile. Faire « comprendre » en amusant… c’est l’apanage des plus grands « médiateurs ». Même si souvent on découvre que les clowns sont « tristes » de leur lucidité face à le dureté d’un monde qu’ils essayent de transcender via leur expression artistique…. ouf ! :-)
Tout cela pour dire qu’on peut exprimer et répondre à des questions sociologiques, philosophiques ou même métaphysiques avec de l’humour.
En perdant une bonne dose de ces attributs humoristiques au profit d’un néo réalisme inutile à mon gout, je trouve que la qualité de Kaamelott en a pris un sérieux coup. Et je ne vous parle pas des montages approximatifs qui m’ont donné l’impression d’heurter un banc de sable! (cf la fin de l’Orgie au début du Livre VI… imcompréhensible et musicalement indigeste…)
Non, je ne suis pas nostalgique. Si Kaameloot n’évoluait pas, je m’en serais lassé bien avant. Mais son évolution artistique, même si sur le papier est aguichante, sur le petit écran me laisse un gout amer.
Ce Côte du Rhone sent l’bouchon !

Heureusement Alexandre Astier est bourré de talent et je suis fan de l’acteur, de l’auteur, du réalisateur et du compositeur. Nous aurons la chance de nous esbaudir devant d’autres de ces œuvres passées ou futures.

6 11 2009
K-rose

Je reposte ma réponse par-là (vive le copier-coller) :

J’entends en effet tout ce que tu dis.

Juste un p’tit bémol : j’utilisais le mot « Farce » dans le sens théâtral du terme, et non pas dans un sens péjoratif du genre « tromperie ».
Et c’est marrant parce qu’en relisant la définition du mot « Farce » dans mon meeeerveilleux dico du Théâtre Corvin,la Farce s’applique vraiment bien aux 1ères périodes de Kaamelott :
« Courte pièce, reposant sur l’affrontement comique de personnages populaires qui cherchent le plus souvent à duper ou dominer autrui. »
C’est pas mal non ?
Et pour faire vite, c’est à la Renaissance qu’on voit apparaître un conflit Tragédie/Farce. Est-ce à dire que le Sieur Astier soit en pleine Renaissance ? Oui, je sais, tout ceci n’est que digressions de mon imagination. J’essaie de faire diversion pour avoir le dernier mot ;-)

Quant à cette question cruciale : « un artiste donne-t-il le meilleur de lui même quand il est contraint ?  » Le débat peut-être très controversé (donc intéressant).
C’est souvent dans la contrainte que l’on peut trouver la liberté. Je parle bien sûr ici d’un point de vue artistique. Plus les règles sont claires, plus on peut y faire n’importe quoi à l’intérieur. Et parfois la contrainte nous oblige à ouvrir de nouvelles portes.
Maintenant, je ne pense pas qu’Alexandre Astier se soit complètement dénaturé en fondant son projet pour la TV. Mais il a du entrer dans les cases déjà établies. Le comique était la case principale, et ça tombe bien, puisqu’il excelle dans ce genre. Il a fait ses preuves, et aujourd’hui passe la vitesse supérieure. Et je comprends que l’on soit dérouté (pour ne pas dire dégouté…quand même…).
Alors, évidemment que l’humour est primordial, crois-en le clown et le bouffon qui sommeillent en moi, mais je crois qu’Astier Fils a envie de nous emmener sur un autre terrain…plus glissant apparemment…

Bref, on est toujours pas d’accord, mais on s’entend, non ? ;-) )

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